Quartiers populaires et écologie De la transformation des modes de vie

Article de Elise Lowy publié dans le n°33 de la Revue Ecorev

« Comment ne pas voir que le ressort principal de la croissance réside dans cette fuite en avant généralisée que stimule une inégalité délibérément entretenue : dans ce que Ivan Illich appelle « la modernisation de la pauvreté  » ? Dès que la masse peut espérer accéder à ce qui était jusque-là un privilège de l’élite, ce privilège (le bac, la voiture, le téléviseur) est dévalorisé par là même, le seuil de la pauvreté est haussé d’un cran, de nouveaux privilèges sont créés dont la masse est exclue. Recréant sans cesse la rareté pour recréer l’inégalité et la hiérarchie, la société engendre plus de besoins insatisfaits qu’elle n’en comble, le taux de croissance de la frustration excède largement celui de la production  » (lllich).

Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse – pourtant entièrement illusoire – qu’ils cesseront un jour d’être  » sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir. Aussi n’est ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus  » des autres. La devise de cette société pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as  » mieux  » que les autres.

Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne. Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège,
il n’y a pas de pauvres. »

André Gorz, Leur écologie et la nôtre

La récupération et le dévoiement de l’oxymore « développement durable » renforce l’impérieuse nécessité d’une transformation radicale des modes de vie dans nos sociétés caractérisées par l’hybris, la démesure. L’ampleur des crises ne permet pas de se contenter de la « consommation durable » : outre que nombre de produits ne font pas l’objet d’une meilleure « éco-efficience », l’effet rebond fait que les quantités de matière utilisées, calculées en flux cumulés, continuent de croître. Face à la « croissance verte », l’enjeu demeure celui d’une rupture avec le processus d’accumulation du capital dans un monde fini, de l’essor d’autres modes de production, d’autres modes de vie, pour aller vers une société de sobriété qui soit compatible avec une bonne qualité de la vie. Le calcul de l’empreinte écologique ne constitue pas seulement un signal d’alerte, un élément de preuve de l’urgence de la crise écologique, il invite aussi à chercher les moyens de la réduire, pour retrouver le sens de la limite, avec une exigence de justice sociale et environnementale. Les nouveaux défis écologiques posés à nos sociétés en ce début du XXIème siècle ne peuvent être pensés et relevés sans prendre en compte les « vaincus ». De nombreuses recherches ont déjà montré que la pensée écologiste est, tout du moins dans les sociétés occidentales, plébiscitée et défendue essentiellement par les classes moyennes ou aisées à capital culturel élevé. Quelle place, quel écho, l’écologie peut-elle trouver dans les quartiers populaires, dans lesquels le chômage structurel, consubstantiel au productivisme, a créé un certain nombre d’individus déracinés, humiliés, désaffiliés, des « obscurs »? Quels sont les liens entre la pensée écologiste, pensée de la rupture avec l’hybris, et les quartiers populaires, ces quartiers d’exil dont les habitants subissent une violence venue « d’en haut » : chômage massif, relégation et stigmatisation ? Au-delà de leur relative diversité sociale – différentes PCS y sont représentées –, ce qui crée une homogénéité de la population des quartiers populaires, outre le mal-vivre plus ou moins diffus, est un certain degré de convergence en termes de niveau de revenus et de statut, mais aussi et surtout l’expérience de cette violence « d’en haut ». Ces liens entre quartiers populaires et écologie peuvent être appréhendés au plan de la morpho-structure sociale (structure sociale, morphologie spatiale), du système institutionnel (valeurs, normes) mais aussi de l’action (mouvements sociaux, usages).

Le fait que les écologistes appartiennent majoritairement aux classes moyennes ou aisées à fort capital culturel semble aller dans le sens de l’idée que l’écologie, comme le disait Bourdieu (1979), serait un luxe de classe moyenne. La nature de cette composition sociale est liée à l’émergence d’un nouveau sujet politique : les multitudes, c’est-à-dire ces masses intellectuelles sur lesquelles repose le post-fordisme, ce système dans lequel la production de richesse surgit principalement du travail immatériel, soit le savoir et la communication. Pourtant, la distance communément admise entre classes populaires et écologie ne peut qu’être mise tant face aux résultats de recherches ayant montré que les militants écologistes sont néanmoins très souvent issus des classes populaires que face au niveau du vote écologiste en leur sein. Par ailleurs, en dépit de certains passages d’Ulrich Beck selon lesquels le risque deviendrait un critère supérieur à la notion de répartition des richesses qui structure notre société capitaliste, on ne peut nier l’existence d’inégalités écologiques. Il existe, certes, des risques qui concernent tout le monde, mais il en existe aussi auxquels les classes populaires sont les plus exposées, comme l’ont très bien mis en valeur, les premiers, les mouvements de la « justice environnementale ». Il suffit d’observer les conditions de vie des plus défavorisés pour comprendre qu’ils sont souvent ceux qui souffrent le plus en matière d’environnement souillé et pollué. Cadre de vie dégradé, surconsommation à bas coût dans les « hard-discounters » ou encore risques pour la santé au travail sont le lot quotidien des habitants des quartiers populaires. De fait, les classes populaires sont moins protégées que les autres face à la globalisation et à la double crise sociale et écologique qui caractérise ce nouveau capitalisme. Celle-ci est telle, et ses conséquences souvent d’autant plus fortes sur les plus pauvres, qu’il n’est, à notre sens, « pas seulement immoral », mais « faux » d’en faire abstraction : « Désormais, toute pensée qui ne témoigne pas d’une conscience de la fausseté radicale des conditions de vie régnantes est une pensée en défaut, car faire abstraction de ces conditions omniprésentes n’est pas seulement immoral, c’est faux » (Herbert Marcuse).

L’idée que les quartiers populaires seraient un symbole de l’anti-écologie trouve de solides appuis lorsque l’on étudie la morphologie socio-spatiale, la ville rationnelle n’étant que l’envers spatial du productivisme. Les zones industrielles et commerciales sont les figures mêmes des non-lieux tel que les décrit Marc Augé. Le zonage implique des routes, autoroutes et échangeurs pour relier les différentes zones : « la Circulation entre parmi les fonctions sociales et se classe au premier rang. (…) Le Circuler se substitue à l’Habiter, et cela dans la prétendue rationalité technicienne » (Henri Lefebvre). Par ailleurs, l’urbanisme fonctionnaliste, ses grands ensembles homogènes et ses rues portant souvent, non pas des noms, mais des numéros, est un des principaux éléments qui oppose les quartiers populaires à l’écologie. Les revendications des habitants pour l’amélioration d’un cadre de vie dégradé (logements insalubres, « froideur » des lieux, etc.) sont un des liens les plus étroits qu’ils entretiennent avec l’écologie. Les démolitions-reconstructions d’immeubles dans le cadre des « Grand Projet de Ville », ignorant la solution de la rénovation et faites sans réelle concertation avec les habitants, suscitent l’indignation, le choix arbitraire des bâtiments détruits étant jugé mauvais.

Les habitants des quartiers populaires ne sont pas imperméables aux valeurs consuméristes et travaillistes qui dominent dans nos sociétés, où l’homo faber est réduit à l’animal laborans, où l’action et la pensée tendent à être réduites au calcul de l’Homo Œoconomicus et à son productivisme destructeur qui instrumentalise nature et hommes. Nombre d’entre eux sont ces « travailleurs sans travail » qu’évoquait Hannah Arendt. La restructuration économique et la désyndicalisation ont engendré une augmentation du chômage et de la précarité. Bien que le rapport au travail se soit progressivement transformé avec la fin de la société industrielle, la revendication salariale reste souvent prioritaire pour les habitants, l’objectif étant « de travailler plus pour avoir un meilleur salaire et toucher plus de primes ». Mais à eux plus qu’à d’autres, sous la forme d’une injonction paradoxale, la société intime de travailler sans leur donner ce travail, tout comme elle leur intime de consommer, sans leur en donner les moyens. Consommer est presque devenu pour certains un véritable mode d’exister. Se nourrir, se vêtir, est bien sûr une nécessité dans laquelle passe le peu de revenus perçus, mais cela va souvent beaucoup plus loin, pour devenir parfois la seule activité ; les quelques économies sont alors consacrées, dans une conception purement matérialiste, à des « must have », c’est-à-dire des produits de marque que la société de consommation pousse à posséder, quitte à passer par des crédits « revolver » (carte de magasins de la grande distribution, centrales de crédit…). C’est « la malédiction d’être pauvre au sein d’une société riche dans laquelle la participation à la sphère de la consommation est devenue la condition sine qua non de l’accès à la dignité sociale, voire le passeport pour la citoyenneté (surtout pour les plus démunis, qui n’ont rien d’autre pour attester leur appartenance) » (Loïc Wacquant). La publicité, toujours plus envahissante, joue un rôle évidemment considérable dans ce cercle vicieux.

Comment l’idée de sobriété choisie peut-elle être entendue par une population qui demande, dans sa grande majorité, à avoir le droit de consommer plus ? Force est de constater que la défense de la qualité de la vie se heurte souvent à une conception quantitative de la vie, à la « quantité de la vie ». Par leur rapport à l’urbain, au « Progrès », les habitants des quartiers populaires montrent qu’ils ne sont pas imperméables à l’évolutionnisme et à la religion du développement, « valeurs » communes de nos sociétés occidentales. Alors même que, dans l’Histoire, l’évolutionnisme – et ses quatre composantes que sont le productivisme, l’ethnocentrisme, le scientisme et le progressisme – a légitimé la colonisation et l’esclavage, au nom du « développement » de sociétés prétendument « arriérées » et que certains habitants, ou leurs ancêtres, ont été eux-mêmes catalogués comme appartenant à ces sociétés, le schéma Barbares/Civilisés est souvent reproduit, opposant les « campagnards » aux urbains, les « bledards » aux « gens d’ici ».

Mais au-delà de ce constat de la prégnance des valeurs travaillistes et consuméristes chez les habitants, plusieurs changements sociétaux, l’entrée dans ce qu’Ulrich Beck nomme une société du risque caractérisée par une radicalisation de la Modernité, d’une part, et le processus d’individuation, d’autre part, créent ou approfondissent les relations entre quartiers populaires et écologie. Nous sommes entrés dans des sociétés sur-modernes (Georges Balandier). L’ampleur et l’urgence de la crise écologique sont désormais admises par tous ou presque. L’humanité doit assumer sa responsabilité dans le risque nucléaire, les pollutions d’origine industrielle, la réduction de la biodiversité, l’effet de serre, ou encore l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables. Les habitants des quartiers populaires ne sont pas imperméables à la prise de conscience de l’urgence de la crise écologique. Outre la sensibilisation par l’intermédiaire des lanceurs d’alerte, ils sont souvent concernés directement par les risques, à travers par exemple les maladies au travail ou la proximité de sites classés SEVESO : un certain nombre de travaux ont explicité les liens qui existent entre position sociale et proximité avec des sites à risque. Par ailleurs, le processus d’individuation et les transformations de l’équilibre Nous/Je se traduisent par une tension global-local, c’est-à-dire une part croissante du « je », parallèle à une intégration croissante du « nous » à dimension planétaire, qui tisse des liens entre quartiers populaires et écologie sur des thèmes comme le rapport au pouvoir politique, l’immigration, mais aussi l’intérêt tant pour la sauvegarde de la planète que pour la vie quotidienne et le cadre de vie.

Si le processus de rationalisation moderne s’accompagne d’un déferlement de la rationalité instrumentale, alors un refus de la réification, de la colonisation du monde vécu par le système, passe nécessairement par un contrepoids à l’agir stratégique, par l’élaboration d’un autre rapport au monde. Cet autre rapport au monde, cet « autre monde », se construit par l’action conjuguée des mouvements sociaux et des autres formes qui se développent en même temps que se transforment les formes de l’engagement, à l’image de la « résistance ordinaire ».

Le poids croissant du nouveau mouvement ouvrier (NMO), qui lie conflits dans le travail et hors travail, faisant en quelque sorte une synthèse du syndicalisme et du mouvement écologiste, tend à rapprocher quartiers populaires et écologie, de par l’hybridation des pratiques et la nature des revendications, qui font se rencontrer des thèmes longtemps pensés en opposition, comme par exemple l’emploi et la protection de l’environnement. A cet égard, le développement de l’éco-syndicalisme peut jouer un rôle essentiel, notamment dans la conversion en coopératives écologiques. Par ailleurs, les liens entre quartiers populaires et écologie peuvent aussi être analysés à l’aune du rôle incroyablement important que jouent dans les quartiers populaires les associations, que Martine Barthélemy considère comme l’« expression cristallisée et organisée du mouvement social ». Nombre de chercheurs ont montré comment le lien social se désagrège dans nos sociétés, comment, avec la colonisation du quotidien, le vis-à-vis (acteur/système) supplante le face à face (interaction entre acteurs), et ce d’autant plus dans les quartiers populaires, en ce sens où la proximité géographique va de paire avec l’éloignement social, où la commensalité amicale et le taux d’activité associative sont moindres dans les classes populaires, où, enfin, précarité et mode de vie isolé sont liés . La réalité de ce diagnostic est incontestable. Néanmoins, la richesse relationnelle des quartiers populaires est plus forte que certains veulent bien le croire et elle est d’ailleurs vécue comme telle. « Ces quartiers, mal vécus par l’opinion publique nationale et par les habitants des autres quartiers, ou par ceux qui viennent y travailler, apparaissent beaucoup mieux vécus par ceux qui y habitent » (Godard, Querrien et Debordeaux). Les liens, à défaut des biens, sont bien présents. Le mouvement associatif constitue une richesse sociale très importante ; il participe au désenclavement des populations et revalorise l’image des quartiers populaires. Il unit de manière profonde quartiers populaires et écologie, à travers les valeurs d’autonomie et de solidarité. La richesse sociale, donc immatérielle, tant d’un point de vue créatif – arts et culture – que de celui des relations que les personnes établissent entre elles, en s’associant, est un élément nodal de la relation entre quartiers populaires et écologie.

De plus en plus nombreux sont les militants du quotidien qui osent l’exode sans attendre la catastrophe, qui adoptent, ici et maintenant, d’autres modes de vie, cherchent à inventer des alternatives qui constituent souvent des lieux d’expérimentations socio-politiques post-productivistes. Les pratiques écologiques ne sont pas l’exclusivité des classes moyennes à capital culturel élevé. Certes, les pratiques écologiques volontaires sont peu répandues dans les quartiers populaires en raison de différents éléments contraignants : les modèles culturels, un budget serré et les mass medias conduisent les habitants davantage vers les supermarchés à bas prix que vers les produits biologiques des AMAP. L’urgence du quotidien constitue souvent un frein à ces pratiques, en ce sens où ces dernières n’apparaissent pas comme une priorité. Elles sont souvent perçues comme un nouveau privilège réservé à ceux qui ont de l’argent et du temps à y consacrer. En matière de transports, l’usage fréquent de la voiture – sachant par ailleurs que « les ouvriers (hommes) l’utilisent de manière plus significative que les cadres moyens ou supérieurs »– s’explique par les contraintes imposées par le zonage mais aussi par le poids des valeurs matérialistes : avoir une belle voiture reste un signe extérieur de richesse recherché. Les pratiques écologiques existent néanmoins, tout en n’étant pas nécessairement formulées comme telles, qu’il s’agisse de la sortie du circuit de la grande distribution au profit des petits marchés de quartiers et des commerces de proximité, des économies d’eau et d’énergie, de l’utilisation des transports en commun ou encore du recours au système D et de l’économie solidaire. La demande des habitants en matière de consommation ne correspond pas toujours à l’offre des hypermarchés, d’autant que diverses cultures et traditions nationales ou religieuses co-existent souvent, chacune induisant la consommation de produits spécifiques, absents ou rares dans les hypermarchés. Les habitants sortent alors du circuit de la grande distribution pour faire fonctionner les petits marchés de quartier et les commerces de proximité. Par ailleurs, le fait d’avoir des moyens restreints conduit des habitants à économiser l’eau et l’énergie et à utiliser les transports en commun – essentiellement le bus –, tandis que l’avion n’est que rarement utilisé car trop onéreux… Cela les amène aussi à consommer moins qu’ils ne le voudraient ; on est donc face à une limitation contrainte de la consommation et non à une autolimitation de la consommation librement choisie. En outre, la recherche des moyens de la survie matérielle, la « livelihood of man », engendre souvent un recours à l’économie informelle, autrement dit au système D. Or, selon Serge Latouche, c’est justement du côté de l’informel anti-développementiste qu’il convient de chercher refuge, comme forme d’économie capable de constituer une véritable alternative, du moins tant qu’elle ne relève pas de l’économie criminelle. Il existe également des formes de troc, en termes d’échanges de biens ou de services, mais aussi des formes de solidarité financière intra-communautaire, par exemple ce qui est nommé la « tontine », soit la mise en commun d’argent dans le but de fournir un prêt à une personne, laquelle doit ensuite le rembourser, mais sans intérêts à verser. Enfin, certains, par un emploi dans le secteur associatif, participent à l’essor de l’économie solidaire, soit à une autre manière d’instituer – « to embed » selon Karl Polanyi – socialement l’économie en subordonnant la production à l’idéal d’une autre richesse, humaine et sociale.

La transformation des modes de vie dans les quartiers populaires dans une société qui « engendre plus de besoins insatisfaits qu’elle n’en comble, (où) le taux de croissance de la frustration excède largement celui de la production » (Ivan lllich cité par André Gorz) est à appréhender plus largement à travers une nécessaire transformation écologique de l’économie. Celle-ci, remettant en cause tant l’argument de l’emploi venant justifier une négligence de l’environnement que celui, a contrario, de la protection de l’environnement venant légitimer la mise au second plan des inégalités, passe notamment par une relocalisation de l’économie et l’instauration du Revenu Garanti. La remise en cause du primat du paradigme économiciste qu’implique cette transformation est réaliste, en premier lieu parce que l’économie n’est pas « naturelle » mais institutionnelle, ensuite parce que l’histoire anthropologique montre que cela est possible en mettant en valeur des sociétés où l’économie occupe une place secondaire. Définir l’économie selon le modèle substantif permet de saisir en quel sens l’économie renvoie en réalité à une pluralité d’institutions possibles – non au seul marché – et en quel sens l’économie peut être encastrée dans la société. Il s’agit de changer la hiérarchie des valeurs de notre société, en adoptant une définition plurielle de la richesse, ce à travers une délibération collective soumise aux règles de l’éthique de la discussion. Il s’agit d’opposer au « développement durable » définit en termes de « piliers » – où les différentes sphères économique, sociale et environnementale sont séparées avec seulement quelques interconnexions à la marge -, une conception qui implique que la dimension économique soit nécessairement encastrée dans les dimensions sociale et environnementale, dépendante des limites de l’écosphère. Opposons à la démesure dévastatrice la sobriété conviviale !