Service public : avec CAP 2022, cap vers le « vieux monde » !

Service public : avec CAP 2022, cap vers le « vieux monde » !

Contribution au débat – Jean Lafont

L’attaque de Macron contre le service public, préparée par le rapport CAP 2022, invite à revenir sur la nature de l’Etat dans la société capitaliste. Ce retour est nécessaire pour éclairer le combat qui a commencé, afin de passer de la résistance à l’offensive.

Pour cela, il faut réussir à imposer un nouveau terrain à l’adversaire, dont on connaît le discours, tant il est répété jusqu’à la nausée : l’Etat coûte trop cher, il n’est pas efficace, ses agents bénéficient de privilèges injustifiés, le statut des fonctionnaires est bloquant, etc, etc.

Ces arguments ne sont pas nouveaux, mais c’est sans doute la première fois depuis la mise en place de « l’Etat providence » qu’un gouvernement lance une attaque aussi directe et totale contre la fonction publique et les agents de l’Etat et partant des collectivités.

On sait – on le vérifie chaque jour – que l’Etat capitaliste n’est pas « neutre », au service de l’ « intérêt général », comme il le prétend. C’est un instrument au service de la bourgeoisie, qui défend les intérêts à long terme de cette classe dominante, tout en étant lui-même divisé par des contradictions internes, en raison de la lutte des classes et des divergences d’intérêts au sein de la bourgeoisie.

Ses structures, ses modalités de gouvernement, le poids relatif de ses différents appareils, changent en fonction des circonstances, des rapports de forces au sein de la société. On le voit bien aujourd’hui, avec le rôle croissant de l’appareil répressif et de l’action économique au sens large du terme, touchant au rapport salarial et à l’Etat-providence – et cela a commencé avant l’arrivée de Macron !

Mais pour Emmanuel Macron « et son monde », cela ne suffit pas. Le rapport CAP 2022, écrit par une commission composée sur mesure, annonce un grand bouleversement, visant à rendre le service public « souple, adaptable, lisible »… et moins cher « pour défendre notre compétitivité économique et préserver notre modèle de service public ».

Ses principales propositions sont maintenant connues : fin du statut des fonctionnaires ; resserrement de l’Etat autour des ministères régaliens, réduction des missions des administrations centrales à la définition des politiques nationales, le reste étant externalisé dans des agences, voire confié à des entreprises privées ; transformation du management avec des chef.fe.s-managers issu.e.s pour une part du privé, des agent.e.s contractuel.le.s mis en concurrence par l’individualisation des salaires, la réduction du rôle des syndicats, l’évaluation par les usager.e.s ; recours massif au numérique ; « ciblage » des aides sociales avec « responsabilisation » des bénéficiaires, augmentation des droits d’inscription dans les universités, …, et bien sûr, économies, économies, économies…

L’idéologie qui est derrière est toujours la même : casser tout ce qui est collectif (en l’occurrence, diviser les agent.e.s pour diminuer leur capacité de mobilisation) et l’esprit même du service public. Promotion d’une société individualiste, où chacun agit dans son seul intérêt personnel. Rien de nouveau donc, le « nouveau monde » promis par Macron ressemble tellement à du vieux !

Et pourtant, il y a beaucoup à dire sur ce que devrait être une réforme de l’Etat, pour que celui-ci agisse selon les intérêts des classes populaires, c’est-à-dire de la grande majorité de la population : répondre à l’urgence climatique qui menace la survie de l’humanité, réduire drastiquement les inégalités, renforcer les solidarités et s’ouvrir vraiment à la société qui a dû choisir en 2017 entre « la peste et le choléra » et qui maintenant devrait subir… Une telle réforme ferait sens, elle réconcilierait les citoyen.ne.s avec la politique et rassemblerait la population sur des objectifs mobilisateurs, mieux et plus durablement que la coupe du monde de football ! Elle pourrait être la base d’une mobilisation large, tant des agent.e.s découragé.e.s par les attaques subies que des citoyen.ne.s attaché.e.s à leurs services publics, mais qui ne se mobilisent que localement et n’ont pas encore perçu l’enjeu de société dans toute sa globalité.

Cette ouverture à la société est en réalité stratégique, c’est un enjeu fondamental pour transformer un appareil qui est organisé pour servir les intérêts des groupes dominants. Elle implique un changement profond du système à tous ses étages, dans les administrations où règnent un fonctionnement hiérarchique prononcé, et dont la haute direction, en liaison étroite avec les cabinets ministériels, a une proximité avec les classes dirigeantes, par leur origine, leur carrière, l’omniprésence des lobbies.

Toutes ces questions mériteraient d’être posées par les agent.e.s, elles sont au cœur d’une réforme progressiste de l’action publique, et d’un renouveau du service public, qui au fil des années s’est trouvé de plus en plus soumis à la logique du marché et de la compétitivité, et donc dévoyé des objectifs poursuivis initialement.

Ouvrons donc le débat, à tous les niveaux, invitons nos concitoyen.ne.s à penser avec nous ce service public de demain, dans les villes comme dans les campagnes, sur les places publiques, lieux des rendez-vous que se donne peuple dans les grandes circonstances !

Changeons ainsi de terrain par rapport à celui qu’a choisi le gouvernement. Faisons-le en écho de l’appel du Conseil National de la résistance « Résister, c’est créer, créer, c’est résister ! » qui nous montre aujourd’hui une fois encore la voie !