Ecolo, Mouvement de l’Ecologie Politique

Et si la crise que nous traversons aujourd’hui était une chance pour fonder une véritable écologie de transformation et d’émancipation, capable de réenchanter un monde dominé par un système mortifère, dans lequel l’être humain compte moins que le profit et qui a déclaré la guerre au vivant ?
L’écologie politique a apporté un autre regard sur le monde, elle porte en germe un projet de civilisation aussi révolutionnaire que le fût en son temps celui des « Lumières », qui a accompagné la naissance du capitalisme. Elle resitue l’humanité à sa place dans l’ensemble du monde vivant, pas au-dessus, elle lui apporte le sens des limites, elle promeut les valeurs de coopération, de partage, de sobriété et de solidarité, d’émancipation.
C’est tout l’opposé du système productiviste qui nous domine aujourd’hui et qui nous a fait entrer dans l’Anthropocène – nouvelle ère géologique où l’influence de l’humanité sur le système Terre est prédominante. L’être humain en général, mais principalement les privilégiés ou dominants du système, doivent assumer leur responsabilité. Que ce soit dans la conception utilitariste de la nature, dans le risque nucléaire, les OGM, l’agriculture industrielle, les pollutions, la réduction de la biodiversité, l’effet de serre, la 6ème extinction des espèces, la maltraitance animale, l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables et le changement climatique.

Mais, comme il s’agissait de l’avenir de l’humanité, l’écologie politique, dans son courant dominant, pensait que ce projet transcendait les rapports de classes et les partis existants. L’un de ses objectifs était « d’écologiser » l’ensemble des partis et des institutions, sans réaliser que ses fondamentaux s’opposaient à une conception quasi religieuse du « progrès », fondée sur la domination de l’être humain sur la nature et la croissance sans fin des biens matériels. Elle s’adressait alors à toute la population, misant à la fois sur la visibilité de plus en plus grande de la dégradation de l’environnement et en même temps sur la force de conviction de ses idées et les réalisations concrètes pour emporter l’adhésion. En quelque sorte, une « écologie pour tou.te.s », avec pour adversaires principaux les lobbies, sans voir derrière eux toute la structure d’une organisation sociale constituée et faisant système, et sans faire suffisamment le lien avec les mouvements d’émancipation qui l’avaient précédée, ceux du mouvement ouvrier révolutionnaire des XIXè et XXè siècle, avec ses victoires et ses échecs.
C’est donc naturellement qu’une partie de ses militant.e.s a cru que le changement résulterait de la conquête progressive des institutions afin d’y porter des réformes, avec une forte attirance pour le niveau local et l’action sur le terrain, visant une réappropriation par les acteurs et actrices de leurs activités et de la démocratie.

Le « ni-ni » du début s’est transformé en alliance stratégique avec le parti socialiste, sans pour autant que change véritablement le projet, celui d’une écologie d’accompagnement du système, s’adressant principalement aux classes moyennes des centres urbains. Les succès électoraux ont peu à peu polarisé son énergie sur la lutte interne pour les places, au détriment du débat politique interne, de plus en plus appauvri.

De façon effective, les écologistes ont rendu illisible la ligne politique nationale, en croyant avec conviction à cet adage écologiste « la nature n’attend pas ».Or cet adage a pu servir d’alibi pour des conquêtes de postes, avec inévitablement des résultats mitigés, voire décevants. Cela contribue encore aujourd’hui à disqualifier pour trop de nos concitoyens notre projet et notre existence même. Car, au pouvoir, les conceptions politiques des partenaires s’opposaient fortement, dans tous les domaines, aussi bien social qu’économique, énergétique, etc… avec celles de l’écologie politique (nucléaire, NDDL, taxe carbone, normes environnementales, transports routiers, lois travail, sécurité, rapports avec la finance….).
L’élection présidentielle a montré et confirmé que l’écologie prenait place désormais dans l’espace public. Il faut y voir une prise de conscience d’une part croissante de nos concitoyens, ainsi que le reflet des mouvements qui se produisent dans la société, en France comme un peu partout dans le monde, avec l’apparition de nouvelles formes de production « hors capitalisme », les luttes pour la justice climatique et la défense des communs et, pour une part aussi, de l’existence de partis et mouvements écologistes.

Mais le choix de l’alliance avec le PS imposé par la direction d’EELV, s’ajoutant à tout le passif des années précédentes qu’aucun bilan réel n’avait permis de solder, loin de renforcer le parti et de lui permettre de jouer un rôle important dans la recomposition qui commence, le met hors jeu et le conduit au bord de l’éclatement. C’est aussi la faillite d’une ligne politique, celle de l’accompagnement d’un capitalisme mondialisé qui traverse une crise systémique.

Nous devons en tirer les conséquences, en donnant à l’écologie politique tout sa radicalité, pas seulement environnementaliste, mais celle d’une véritable écologie de transformation, sociale, féministe, humaniste, régionaliste et citoyenne, avec sa vision globale apte à produire, à travers les luttes multiples qui traversent nos sociétés, un nouvel imaginaire capable de concurrencer le consensus néolibéral.

Il s’agit, non seulement de redéfinir les rapports entre l’humanité et la nature, et entre les êtres humains eux mêmes – les deux étant intimement liés – mais aussi de trouver les voies pour mener le changement, car celui-ci ne pourra pas se faire « par le haut » : il n’y a jamais eu de changement de société sans que la nécessité de ce changement soit apparu préalablement et que les idées nouvelles n’aient touché une partie suffisamment large de la société pour que celle-ci se mette en mouvement.

Nous devrons répondre à la formidable attente de démocratie, qui s’exprime un peu partout dans le monde par des mouvements comme M25 en Espagne, les Occupy, aux USA, les Nuit Debout, dans les luttes pour la défense des communs, en particulier des peuples autochtones , dans les nouvelles formes d’économie collaborative dans les territoires qui résistent à leur captation par le capitalisme, dans l’économie sociale et solidaire, pour une agriculture paysanne. L’une des raisons de la crise des partis réside dans leur fonctionnement pyramidal qui, sous l’apparence de la démocratie, induit une fracture entre leurs dirigeants et la base des militant.e.s, et partant avec la société. Cette question est capitale.
Ce sera le premier chantier de notre association, qui entend se donner un fonctionnement participatif et contributif et faire vivre réellement en son sein les principes écologistes de parité, de pluralisme, de diversité, de respect des minorités, de non-cumul, de proportionnelle, de régionalisme et de fédéralisme, et promouvoir la participation par l’éducation populaire et une large autonomie laissée à l’échelon local. Ces principes, qui sont à l’image de notre projet de société, s’inscriront dans une charte des valeurs.

Telle est l’ambition de Ecolo, mouvement de l’écologie politique.
Elle mettra ce projet en oeuvre en s’ancrant dans la société, en étendant sa base sociale aux classes populaires dont la capacité créative et l’expertise de terrain sont trop souvent ignorées, en tirant avec les mouvements sociaux les enseignements de leurs luttes, en s’appuyant sur la multitude d’acteurs et d’actrices qui inventent localement les rapports sociaux de demain, en rupture avec le productivisme.
Elle le fera en dialoguant avec les intellectuel.le.s critiques, en s’inspirant des expériences étrangères, en organisant la confrontation d’idées.
Elle le fera en rendant toute sa place à l’élaboration d’une pensée de la transformation renouant avec les grand.e.s théoricien.ne.s de l’écologie et de l’émancipation sociale.

C’est ainsi qu’elle pourra prendre part à la construction de cette alternative écologique, sociale, fédéraliste et citoyenne, dans une approche européenne et internationaliste, non seulement pour l’indispensable solidarité face aux prédations des multinationales et fonds financiers, mais aussi parce que nos sociétés sont interdépendantes et que les problèmes écologiques n’ont pas de frontières, comme on le voit dans les mouvements pour la justice climatique et dans l’ampleur des mobilisations dans les conflits écologiques, en Chine et partout dans le monde. La sortie du capitalisme vers une société non productiviste de post-croissance ne se fera pas à la seule échelle nationale. En portant les idéaux de l’Écologie, nous devons reprendre le chemin de la reconstruction d’une Europe de l’espoir comme espace de reconquête sociale.

Ecolo, mouvement de l’écologie politique, s’adresse aux militant.e.s écologistes, qui parfois désespèrent. Elle s’adresse aussi aux militant.e.s des associations et des partis, qui partagent son projet et qui ressentent comme nous un besoin de débat et d’actions dans un cadre sans enjeu de pouvoir. Elle s’adresse enfin à toutes celles et à tous ceux qui luttent pour un monde meilleur.

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