Ecolo, Mouvement de l’Ecologie Politique

CHARTE DES VALEURS

L’écologie de transformation se veut l’héritière de tous les grands mouvements d’émancipation et des révoltes contre l’oppression qui parcourent l’histoire de l’Humanité.

Elle a conscience de la finitude de la planète et replace l’être humain dans la nature et non au-dessus, rompant ainsi avec l’idéologie dominante selon laquelle celui-ci serait le maître de la nature, dont il pourrait exploiter les ressources sans limites et sans respect pour le monde vivant.

L’écologie de transformation est une écologie politique, qui se distingue d’autres courants qui se réclament eux aussi de l’écologie, mais sans remettre en cause le système économique dominant, voire en se limitant à le repeindre en vert.

Elle s’oppose, dès lors, au modèle de développement productiviste qui domine aujourd’hui sans partage, le capitalisme, qui n’a pu prospérer que par l’exploitation du travail salarié et l’épuisement de la nature.

A ce modèle mortifère, l’écologie de transformation oppose une autre vision du monde avec ses propres valeurs, porteuse d’une nouvelle civilisation et aussi révolutionnaire que l’ont été il y a plusieurs siècles les « Lumières », au moment du capitalisme naissant.

Cette vision se nourrit de l’expérience, toujours actuelle, du mouvement ouvrier et de la créativité des mouvements d’émancipation qui se multiplient à l’échelle de la planète : mouvements environnementalistes, pour la défense des biens communs, luttes des peuples contre le colonialisme et ses nouvelles formes, mouvements féministes contre le patriarcat, altermondialisme. Intégrant ces différentes dimensions, elle permet d’élargir l’horizon d’émancipation.

PARTIE 1
RÉCONCILIER L’HUMANITÉ AVEC LA NATURE,
PRENDRE CONSCIENCE DE SES LIMITES

L’écologie de transformation, incompatible avec le capitalisme, le productivisme et le dogme de la croissance, ne peut être un supplément d’âme. Elle fait pleinement sienne les exigences de la justice environnementale. S’il existe, certes, des risques qui concernent l’ensemble de la société, les classes populaires y sont les plus exposées. L’écologie de transformation pense comme intrinsèquement liées justice sociale et environnementale. Elle promeut une écologie sociale. « Ce qui définit littéralement l’écologie sociale comme sociale, c’est la reconnaissance du fait souvent laissé pour compte que presque tous nos problèmes écologiques du moment proviennent de problèmes sociaux profondément établis » (Bookchin).

Nous sommes entrés dans l’Anthropocène – nouvelle ère géologique où l’influence de l’être humain sur le système Terre est prédominante. Celui-ci doit assumer sa responsabilité dans le risque nucléaire, les pollutions d’origine industrielle, la destruction de la biodiversité, les conséquences des émissions de gaz à effet de serre, ou encore l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables, l’accumulation irréversible des pollutions et des déchets au-delà de tout seuil critique de régénération et de toute capacité de charge de la planète ; l’être humain est devenu une « force géologique planétaire ». « La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux » (Gorz) . Il s’agit d’intégrer l’impératif écologique dans toute décision ou action politique. L’écologie de transformation remet en cause le mythe prométhéen du « Progrès technique » qui a conduit l’Humanité à rompre avec la loi naturelle. Elle lui oppose une transformation écologique et sociale qui intègre l’être humain dans son environnement naturel. Face aux errements technologiques (OGM, nucléaire,…) et à la dérive climatique, l’écologie de transformation prône un changement radical des modes de vie et des alternatives intégrant la sobriété, la coopération, la solidarité.

L’écologie de transformation défend une sortie rapide du nucléaire et des énergies fossiles au bénéfice des économies d’énergie et du développement des énergies renouvelables, dans une logique de proximité opposée au greenwashing et au « capitalisme vert ».

Elle défend un aménagement du territoire respectueux de l’environnement et des populations, luttant contre l’extractivisme et les Grands Projets Inutiles et Imposés ; un aménagement nécessairement égalitaire face à la ségrégation socio-spatiale actuelle dont souffrent les quartiers populaires et les territoires ruraux.

Elle défend le développement d’une mobilité durable et décarbonée (marche, vélo, transports en commun) et une organisation des territoires favorisant les courtes distances.

Elle promeut une agriculture paysanne et biologique, libérée de la tutelle de l’industrie et de la grande distribution, pour une alimentation saine qui ne soit pas réservée aux plus riches.

Elle porte un système opposé au consumérisme et à l’emprise envahissante de la publicité.

PARTIE 2
DONNER À LA SOCIÉTÉ LA MAÎTRISE SUR L’ÉCONOMIE

L’écologie de transformation considère que le pillage de la nature et l’épuisement des êtres humains sont les deux faces d’une même médaille et la conséquence d’un système économique fondé sur le rapport d’exploitation du capital sur le travail. Ce système, aujourd’hui mondialisé et dominé par le capital financier est, par nature, un système productiviste, qui ne connaît pas de limites et tend à tout transformer en marchandise, y compris le vivant.

L’écologie de transformation se bat pour la sortie de ce système, vers une société non productiviste d’après-croissance. Dans celle-ci, la collectivité prendra le contrôle de ses moyens de production et le travail sera libéré de tout rapport d’exploitation. L’activité humaine se déroulera en harmonie avec la nature.

Elle lutte contre l’idéologie qui fait de la croissance et de l’accumulation de biens matériels une fin en soi et qui partage l’illusion que le progrès technique serait capable de résoudre tous les problèmes engendrés par ce mode de production.

Face à un système qui valorise la performance, la concurrence et l’intérêt individuel et qui refuse au travailleur et à la travailleuse dans l’entreprise le statut de citoyen.ne, l’écologie de transformation promeut les valeurs de sobriété, de coopération, de partage et de solidarité ; elle veut étendre la démocratie à toutes les dimensions de la vie en société, en instituant une démocratie sociale et économique.

Elle rejette l’idée selon laquelle la nature serait au service de l’Humanité et qu’elle pourrait sans conséquences être pillée et dégradée par les activités humaines, comme elle l’est, par exemple, par la pollution et l’accumulation des déchets : la nature, et toutes les populations qui y vivent, doivent être respectées. La réduction drastique de l’empreinte écologique des activités humaines est un impératif.

L’écologie de transformation a pour perspective l’abolition du salariat, en tant que forme de travail subordonnée au capital, pour en faire une activité autonome et épanouissante au service de la société, faisant disparaître la division sociale entre décideurs/décideuses et exécutant.e.s. Elle lutte pour réduire le temps de travail et le partager, permettant ainsi le développement d’activités libres.

Elle soutient l’appropriation par la collectivité des moyens de production, en privilégiant partout où c’est possible l’autogestion avec la participation des citoyen.ne.s. Elle défend les systèmes sociaux qui assurent la solidarité entre tou.te.s et permettent de faire société. Elle défend ainsi le développement des services publics, facteurs de solidarité et de lien social, ainsi que leur contrôle par les citoyen.ne.s avec un pouvoir de décision. Elle soutient la réappropriation, à l’échelle des territoires, des biens communs nécessaires aux besoins humains accaparés par des monopoles privés, dont l’eau est un exemple emblématique . Elle soutient l’économie sociale et solidaire et les initiatives citoyennes pour la défense et la promotion des « communs » naturels et sociaux ainsi que l’économie de la gratuité (échange de services, troc, …).

L’écologie de transformation s’oppose à la mondialisation du capital qui met en concurrence les travailleurs, déséquilibre les territoires et les rend dépendants, accélère le pillage des ressources naturelles, aggrave l’effet de serre dû aux transports, favorise la fraude fiscale. Elle lutte pour imposer des normes sanitaires, environnementales et sociales aux échanges commerciaux et pour relocaliser l’économie à l’échelle des territoires.

PARTIE 3
RENDRE LE POUVOIR AUX CITOYEN.NE.S

Seule l’action consciente des citoyen.ne.s mobilisé.e.s est en mesure de transformer la société et d’opérer les changements qu’implique la transition écologique et sociale, car ce projet est une véritable révolution , qui s’accompagne d’un changement profond des mentalités et qui ne peut pas s’opérer « d’en haut », contrairement aux décrets que manient les gouvernements lorsqu’il s’agit d’opprimer les peuples.

C’est pourquoi l’écologie de transformation accorde une grande place à la démocratie, qui seule crée les conditions d’une vaste mobilisation. Nos démocraties sont en crise. Les gouvernements méprisent trop souvent les choix des populations, n’hésitant pas à recourir à des passages en force institutionnels, à l’image de l’article 49-3. Les parlements n’ont aucun pouvoir face aux exécutifs, ils ne sont pas représentatifs de la diversité de la population. La politique est devenue une profession à vie, favorisant les conflits d’intérêts, voire la corruption. Cette situation conduit un nombre croissant de nos concitoyen.e.s au fatalisme et les détourne de la politique, laissant le champ libre aux lobbies.

L’écologie de transformation défend un changement profond de ce système, vers une VIème République fédérale et régionaliste, où les élu.e.s, devenu.e.s représentatives/représentatifs de la population (parité, classe sociale, sensibilité politique, proportionnelle, respect des minorités …) ne pourront plus faire carrière dans la politique (non cumul des mandats) et auront perdu leurs privilèges. Il sera instauré une initiative populaire pour les lois et les grandes options politiques (retraites, sécurité sociale, droit du travail, etc.) seront débattues avec des possibilités d’expression équitable des différents points de vue.

La démocratie doit s’étendre au champ de l’entreprise, publique comme privée, associant leurs salarié.e.s et les citoyen.ne.s avec un pouvoir de décision. Le transfert à l’Etat de la propriété d’une entreprise doit intégrer l’exigence de participation des salariés et des citoyen.ne.s ; il s’agit de rompre avec le capitalisme d’Etat.

La démocratie, c’est aussi protéger les citoyen.e.s du risque d’arbitraire et permettre la liberté d’expression dans le respect d’une séparation stricte des pouvoirs. La Justice doit devenir impartiale, en la rendant totalement indépendante et accessible à tou.te.s. Les citoyen.ne.s doivent pouvoir être en confiance et utiliser le Droit collectivement.

Enfin, le développement de la démocratie nécessite de s’attaquer aux causes sociales qui empêchent une partie de la société d’exercer sa citoyenneté. En ce sens, l’écologie de transformation promeut une écologie populaire. L’égalité dans l’accès aux biens publics, comme la culture, la santé, l’éducation est un enjeu majeur. L’éducation populaire doit retrouver sa place, les pédagogies alternatives doivent être reconnues dans une école publique qui a, plus que jamais, vocation à former des citoyen.ne.s doté.e.s d’un esprit critique.

PARTIE 4
L’ÉGALITÉ DES DROITS COMME FACTEUR DE LIEN SOCIAL

« Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre » (Marx) . Ces propos peuvent être généralisés à toutes les formes d’oppression, qu’elles soient de genre, d’origine ou de religion et même parfois toutes à la fois. L’écologie de transformation se bat pour l’égalité des droits et pour le changement des mentalités, qui rend ces droits pleinement opérants. Jouer les un.e.s contre les autres est la tactique favorite des gouvernements, celle du « diviser pour régner ». A un moment où se multiplient les mouvements pour l’égalité des droits, les soutenir est d’une grande importance pour la convergence des luttes.

Ainsi, l’écologie de transformation soutient l’égalité des genres, des salaires, le droit à disposer de son corps. Elle veut briser le sexisme et les pratiques quotidiennes qui continuent aujourd’hui à maintenir une oppression sur la moitié de l’Humanité, les femmes. Elle veut en finir avec les disparités, les violences, le harcèlement, dans l’entreprise, dans les écoles mais aussi avec la sexualisation de l’image de la femme et son instrumentalisation.

Elle s’oppose au racisme sous toutes ses formes ainsi qu’au néo-colonialisme, elle soutient l’accueil de tou.te.s les migrant.e.s, face à une Europe qui se transforme en forteresse.

Elle soutient le droit des peuples à l’autodétermination et veut renforcer le pouvoir des régions, avec l’application de la Charte des langues régionales et minoritaires, les écoles en langue régionale, le droit des régions à l’expérimentation et la création de collectivités territoriales spécifiques.

L’écologie de transformation reconnaît la diversité des convictions (liberté religieuse et philosophique) et le principe de laïcité.

La vision inclusive de l’écologie de transformation s’étend à toutes les catégories de population. Elle garantit à chacun.e l’égalité effective des droits, avec un soutien appuyé aux personnes les plus fragiles (situation de précarité, de handicap, 3ème et 4ème âge, petite enfance…).

Enfin, la société doit évoluer dans ses rapports aux animaux et s’orienter vers un droit de la nature face à l’écocide en cours et pour le bien-être animal.

Vivre ensemble, c’est gérer les conflits entre les différents secteurs de la société, dont les intérêts sont parfois contradictoires, voire opposés. L’écologie de transformation privilégie la non-violence comme mode de résolution des conflits tant au niveau national qu’international.

PARTIE 5
POUR UN NOUVEL INTERNATIONALISME

Dans un monde de plus en plus connecté et mondialisé, où le modèle économique dominant concentre l’essentiel des richesses entre les mains d’une petite minorité et bouleverse l’équilibre planétaire, avec le réchauffement climatique et l’extinction en masse des espèces, penser et agir dans le cadre de frontières n’a plus de sens.

Face au désastre qui s’annonce pour l’humanité, la réponse de l’écologie de transformation ne peut pas être seulement locale et de court-terme. Elle appelle à l’unité internationale des peuples, qui seule peut empêcher cette issue.

Altermondialiste, l’écologie de transformation défend des échanges équitables, solidaires et décarbonés, dans l’objectif d’assurer un développement soutenable et pérenne à l’ensemble des peuples de la planète.

Elle porte l’idée de la protection des biens communs de notre planète en les retirant de la sphère capitaliste, comme l’eau, l’air, les sols, le vivant, les grands poumons de biodiversité. Ces biens doivent être sanctuarisés pour une utilisation commune et sobre. Elle rejette les accords internationaux de libre-échange destructeurs de l’environnement et des droits sociaux. Elle œuvre à la fin de l’impunité des multinationales et des Etats qui détruisent notre futur collectif, elle porte une rupture avec le système économique dominant et la fin des paradis fiscaux.

La mondialisation, qui pourrait être une source d’enrichissement culturel, est destructrice au plan économique et facteur d’uniformisation culturelle, par la mise en danger notamment de cultures minoritaires ou autochtones.

L’écologie de transformation envisage une solidarité internationale réparatrice des dommages causés par le passé tournée vers un rééquilibrage global entre les sociétés. Elle défend la paix et le projet d’une démocratie mondiale, qui devra se traduire par la réforme des institutions internationales. Elle défend une position ferme contre les dictatures, « démocratures » de toutes sortes. Elle porte le drapeau de l’internationalisme et œuvre à l’autodétermination des peuples.

L’écologie de transformation regarde l’Europe actuelle telle qu’elle est : pervertie par le libéralisme économique, technocratisée, mais, du fait même de son existence, toujours porteuse de l’espoir d’un avenir solidaire et commun !

Privilégiant dès le départ la coopération économique, elle s’est principalement construite comme un vaste marché commun, fondé sur la libre circulation des capitaux, des biens et des services, favorisant en réalité une concurrence interne au profit des entreprises et du capital financier, conduisant à une harmonisation vers le bas des normes sociales et fiscales entre les Etats membres et aux politiques d’austérité.

Cette Europe là n’est pas celle de l’écologie de transformation. Elle ne peut que renforcer un repli sur soi identitaire, souvent xénophobe et raciste.

L’écologie de transformation lutte pour une Europe fédérale, mettant au cœur la démocratie et le respect des voix de ses peuples, protectrice de l’humain et de son environnement, ouverte aux autres peuples, une Europe qui s’engage pour la transformation écologique et sociale. Cette refondation, qui implique une révision complète des traités et des instances communautaires, est en même temps un combat pour sortir du capitalisme.

La charte ci-dessus exprime la vision du monde de l’écologie de transformation, et celle de la société qu’elle souhaite construire.
Elle nous oblige aussi, en tant que militants, à traduire ses valeurs dans nos propres pratiques, dans le fonctionnement de notre organisation, au-delà même de ce qui peut relever de statuts et de règlement intérieur. A ce titre, sa signature par tout membre adhérent ne constitue pas une formalité anodine, mais un acte fort d’engagement à respecter ces valeurs.