La Corse ou la « Demucrazia » en action

La Corse ou la « Demucrazia » en action

Le Président Macron sera ce mardi à Ajaccio pour rendre hommage au Préfet Claude Erignac, tué il y a 20 ans. Mais cette visite intervient dans un contexte bien particulier, deux mois après la victoire sans faille de l’autonomiste Gilles Simeoni aux élections territoriales et deux jours après une manifestation impressionnante dans la capitale de l’Île pour la démocratie, le respect des promesses du candidat Macron, le rapprochement et l’amnistie des prisonniers et la sauvegarde de la langue corse.

Toutes ces questions ne sont pas de même nature mais elles sont au cœur d’un dialogue nécessaire et sans cesse repoussé voire caricaturé par les autorités françaises.

Les Corses, après avoir envoyé trois députés nationalistes sur quatre au Palais Bourbon, ont donné une large majorité à l’alliance des autonomistes de Gilles Simeoni et des indépendantistes de Jean-Guy Talamoni pour diriger leur collectivité réunifiée. Un tel signal ne peut être ignoré par un état défaillant sur les questions institutionnelles depuis une réforme des régions totalement ratée.

L’identité corse, particulièrement sa langue, est un des fleurons de la culture européenne et à l’instar des autres langues régionales, le Gouvernement doit s’atteler à un plan global de valorisation de ce patrimoine inestimable qu’est le corse. Nous soutenons donc l’idée de réformer la Constitution pour que les territoires qui possèdent une autre langue que le français puissent faire valoir la co-officialité. Les institutions doivent évoluer en France vers plus de fédéralisme, ce sujet est au cœur du combat écologiste qui est le nôtre et de nombreux états européens sont en avance sur nous en ce domaine.

En ce qui concerne la question des prisonniers, le sujet sensible demande du courage. Il ne peut y avoir d’aboutissement d’un processus démocratique de paix et de stabilité sans une remise à plat et une amnistie, au moins partielle, des prisonniers (ex : Bretagne en 1981, Irlande du Nord en 1998) ; refuser de voir cela c’est refuser d’aller au bout de cette démarche qui a vu l’arrêt de la violence.

Depuis quelques jours on entend des voix de la majorité (Castaner en tête qui a désavoué le leader REM en place, le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci pour son soutien à la majorité territoriale) des PS ou ex-PS (Carnouvas, Kalfon, Valls) et des éditorialistes qui s’élèvent tels des cris d’orfraie face à une pseudo menace, celle du délitement de la République. Nous avons assez entendu ce son de cloche. Il est temps que s’incarne une République qui assume sa diversité culturelle, son ouverture aux autres et sa détermination à assurer le service public et l’équilibre entre les territoires.

Gilles Simeoni pense que cette visite peut être historique, nous voulons qu’elle le soit.

Tel est le défi de la France avec la Corse et aussi ses autres régions dans les années à venir. Le chef de l’État avait fait montre d’une certaine ouverture sur ces questions lors de sa campagne en 2017, il doit s’en rappeler et faire mieux que ses prédécesseurs.