SNCF : les enjeux de la bataille du rail

SNCF : les enjeux de la bataille du rail

L’entreprise de démolition du service public Macron & Cie poursuit sa marche. Elle s’attaque aujourd’hui à la SNCF, après avoir préparé les esprits par la mise en scène des incidents de l’hiver. Le prétexte : la « situation alarmante » de la SNCF qui fait que « les Français, qu’ils prennent ou non le train, payent de plus en plus cher pour un service public qui marche de moins en moins bien. » Le coupable selon le gouvernement serait : le statut des cheminots, ces soi disant « nantis » ! La méthode : les ordonnances, face à un tel état d’urgence!

Le scénario est déjà écrit : aujourd’hui, on supprime le statut et la SNCF devient une société de droit privé à capitaux d’Etat. Demain, l’Etat supprime le régime spécial des retraites des cheminots et se défausse des lignes déficitaires (souvent rendus déficitaires par la SNCF), renvoyant aux collectivités l’impopularité de les fermer. Après-demain, on privatise les secteurs rentables de l’entreprise. Tout cela est déjà connu, c’est la logique de la mondialisation libérale que nous voyons à l’oeuvre un peu partout. On en a vu les résultats en Grande Bretagne, où la privatisation a tellement bien marché que la majorité de la population souhaite la re-nationalisation, du fait de l’état de délabrement des lignes ferroviaires britanniques, le mot n’étant pas trop fort ici.

La statu quo de la politique des transports n’est plus possible, c’est vrai, mais pas pour les raisons et pas dans le sens invoqués par le gouvernement.

Ce n’est pas le statut des cheminots qui est responsable de la dette de la SNCF, mais la stratégie poursuivie par l’entreprise depuis des années, avec la bénédiction des gouvernement successifs : sous-entretien du réseau, fermeture des petites lignes, sur-investissement dans les lignes à grande vitesse non rentables – souvent à la demande des élus locaux, attendant du TGV qu’il donne à leur commune l’image de la modernité. Avec désenchantement pour les villes moyennes et le monde rural, où les trains ont cessé de s’arrêter, vitesse oblige ! En fait, la logique du service public, avec ses 40.000 km de voies ferrées, sa péréquation des tarifs, n’a cessé de se dégrader au fil du temps, éloignant l’entreprise de ses usagers.

Bien sûr, le rail a dû subir aussi la concurrence inégale de l’automobile et du camion pour les marchandises, boostés par les énergies fossiles à bon marché et le surinvestissement dans les infrastructures routières. Ces modes ont bouleversé l’aménagement du territoire, favorisant la métropolisation et l’étalement urbain d’un côté et la mondialisation de la production de l’autre, multipliant les distances parcourues tant par les personnes que par les marchandises, délocalisant une partie de la production dans les pays à bas salaires. L’Etat n’a rien fait pour empêcher ce processus, il y a même souvent contribué. Et la politique du tout TGV n’a fait qu’amplifier la métropolisation.

La réforme de Macron ne fera qu’aggraver la situation, car elle s’inscrit dans une logique financière et de dumping social. C’est une voie sans issue qui renforcera la fracture sociale et territoriale. L’augmentation du prix du pétrole, inévitable dans les prochaines années avec l’enjeu climatique, rendra de plus en plus coûteux les déplacements individuels en périphérie urbaine, remettant en cause les modes de vie fondés sur la voiture.

Il est temps de préparer la transition écologique, celle des villes compactes où logements, activités et services sont proches les uns des autres et sont accessibles à pied, à vélo ou en transports en commun, et celle des circuits courts, où le transport ne sera plus la variable d’ajustement et l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre et de pollutions. Le chemin de fer, appuyé sur une politique de transfert modal digne de ce nom, a un rôle majeur à jouer dans cette transition et dans la promotion des territoires, en privilégiant les liaisons entre les villes moyennes et en retrouvant pleinement son caractère de service public.
C’est cette perspective qui doit être à la base du contrat entre la SNCF, les cheminots et la collectivité. Elle passe par l’apurement par l’Etat de la dette liée à la politique passée d’infrastructure.

Cette nouvelle bataille du rail doit rassembler les cheminots et la société dans la lutte contre la réforme de Macron !